L’abri du Marin d’ Audierne
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Enracinée telle
un vigie à la naissance du vieux môle d’Audierne,
une bâtisse séculaire s’y donne des airs vénitiens
en se mirant jour après jour dans le flux et le reflux des marées.
Sa situation unique n’est pas sans étonner les promeneurs
qui se dirigent vers le phare du Raoulic en empruntant la passerelle
des Capucins voisine. En effet, solitaire sur sa plate-forme de vieilles
pierres patinées par le temps, cette construction atypique détone
par sa situation insolite. D’ici quelques années, peu d’Audiernais
pourront encore raconter leurs souvenirs des moments vécus dans
et autour de l’Abri du Marin d‘Audierne - puisque c’est
de lui qu’il s’agit - du temps où il arborait sa
superbe mine rose vif originelle. Le Cap-Sizun fut un lieu privilégié
pour Jacques de THEZAC, le fondateur de cette œuvre
philanthropique, puisque trois de ses Abris, sur la quinzaine qu’il
fit construire, le furent dans le Cap : à l’île de
Sein en 1900, à Audierne l’année suivante, et enfin
à Poulgoazec en 1933. |
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Frédéric TANTER nous raconte ci-dessous l’épopée de l’œuvre des Abris du Marin et le destin de son fondateur, Jacques de THEZAC, dont le nom reste aujourd’hui attaché à un quai de notre port. Si l’Abri est aujourd’hui devenu propriété privée, il fut pendant plusieurs décennies un lieu fréquenté par toute la population maritime d’Audierne et les marins étrangers en relâche. Conformément au vœu de son fondateur, et comme deux autres bâtiments tout proches – le vieux couvent des Capucins et la contemporaine Ecole d’ Apprentissage Maritime – l’Abri contribua grandement au mieux-être et à l’instruction des marins de notre quartier. Pour compléter le récit de cette création par Frédéric TANTER, nous proposons à suivre une courte évocation, moins académique mais tout aussi vivante, de l’Abri du Marin d’Audierne à travers les souvenirs de jeunesse d’un enfant du pays, Daniel GUEZINGARD, qui régala de sa verve typiquement audiernaise les lecteurs du Bulletin Paroissial dans les années 1970. A lire obligatoirement avec l’accent du Poul, pour en goûter tout le sel, marin évidemment !
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L'oeuvre des Abris du Marinde Frédéric TANTER |
L’éveil
d’une vocation |
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| Originaire de Saintes, Jacques de
Thézac naît en 1862 à Orléans où son
père est directeur de l’Enregistrement. De santé
fragile, il doit interrompre de bonne heure ses études pour trouver
la guérison en Saintonge. Encore adolescent, il se passionne
pour la voile et, seul sur son canot, navigue entre La Rochelle et Oléron.
Séduits par l’intrépidité du jeune garçon,
les pêcheurs du voisinage le surnomment « le capitaine américain
». Plus tard, encouragé par sa famille, il participe à des régates sur les côtes bretonnes et charentaises. Il remporte ainsi de nombreuses courses à bord de voiliers dont il conçoit parfois lui-même les plans. Il navigue alors six mois de l’année « moins par amour de la mer que pour le plaisir de voir de près des marins à l’oeuvre ». En observant les pêcheurs au travail, il prend conscience de leur rude existence. C’est ainsi que s’éveille en lui le désir sincère d’aider son prochain. Son mariage en 1888 avec Anna de Lonlay, fille du châtelain du Portzou en Lanriec, près de Concarneau, va lui permettre d’affirmer son idéal de générosité en terre bretonne. Le jeune couple s’installe à Sainte-Marine, dans une des résidences dominant l’estuaire de l’Odet. A l’occasion de ses croisières, le yachtman mesure toute l’étendue de la misère qui touche les pêcheurs et le prolétariat ouvrier des grands ports sardiniers. Il découvre des chaumières basses où s’entassent des familles dont le seul gage de richesse est souvent de posséder de nombreux enfants. Il prend conscience des ravages de la tuberculose dans des logis incommodes et surpeuplés. Il voit fréquemment des pêcheurs et même de jeunes mousses s’enivrer dans les cabarets après de rudes journées passées en mer sur des bateaux creux. En 1898, à trente-six ans, Jacques de Thézac décide d’agir. Sa condition de rentier lui permet d’entretenir avec aisance sa petite famille et d’envisager l’avenir avec sérénité, mais lassé de naviguer « pour le plaisir », il trouve enfin « un moyen de se rendre utile ». Témoin des ravages de l’alcoolisme dans les milieux maritimes, il se donne pour but de combattre ce terrible fléau. |
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L’Almanach du Marin
Breton |
| Il songe tout d’abord à « une publication revêtant la caractère d’un ouvrage professionnel et réunissant, avec un grand nombre de renseignements de métier, de nombreux sujets d’attractions tels que croquis amusants et chansons de marins ». Une publication « où les saines notions que l’on y disséminerait en termes modérés et en style populaire, pour combattre et saper le prestige de l’alcool, laisserait à coup sûr des traces positives dans l’esprit des lecteurs ». L’Almanach du Marin Breton est né. Dès sa première édition, en 1899, il connaît un immense succès. |
L’oeuvre des Abris
du Marin |
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Jacques de Thézac comprend très
vite que, pour être efficace, l’action moralisatrice et
éducatrice de l’Almanach du Marin Breton doit s’accompagner
d’une action connexe sur le terrain même de la vie quotidienne.
Ainsi conçoit-il le projet d’offrir aux pêcheurs
des « endroits sains, bien chauffés, convenables aménagés
», où ils pourraient se réunir sans être «
la proie des débitants ». Inspirée du modèle
des Sailors’ Homes d’outre-Manche, la formule alternative
des « Abris du Marin » est définie. De 1900 à1933, onze Abris sont construits sur la côte du Finistère et un seul dans le Morbihan. Le domaine de prédilection de Jacques de Thézac est celui de la pêche côtière et des ports surpeuplés de la Cornouaille. Malgré l’opposition fréquente des Républicains, le philanthrope réussit presque toujours à obtenir des concessions territoriales de l’administration des Domaines afin de bâtir les Abris à proximité des quais. Edifiés sur les plans d’un architecte de Sainte-Maxime (Var), les Abris ont des allures de petites villas. Facilement reconnaissables à leur crépi rose vif, ils portent parfois sur leur façade, en français et en breton, des messages évangéliques comme « Aimez-vous les uns les autres » (Karet an eil egile). |
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L’aménagement des Abris est à peu près toujours le même : au rez-de-chaussée, une grande salle de jeux et un logement pour la famille des gardiens ; à l’étage, une bibliothèque et un poste de couchage pouvant accueillir les équipages en relâche. Appuyé au bâtiment, un préau abrite une coquerie et des chaudières à tanner les voiles et les filets. La création de chaque Abri donne lieu à la constitution
d’une « Association locale ». La mesure est sage et
habile. Il s’agit de responsabiliser les marins et de les faire
participer au fonctionnement de l’Oeuvre. Ainsi, un « Comité
local », composé d’une vingtaine de pêcheurs
élus par leurs camarades, est chargé de la direction de
l’établissement. Le poste de gardien est « un poste de confiance et de dévouement fraternel » réservé à des patrons-pêcheurs au comportement irréprochable. Le gardien doit faire régner dans l’Abri une bonne ambiance en s’efforçant « d’être toujours très conciliant et très complaisant avec les marins ». Néanmoins, il doit aussi faire preuve d’autorité en faisant respecter le règlement intérieur. Pour le remercier de son dévouement, l’Oeuvre lui verse une allocation et lui permet de loger gratuitement sa famille. |
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« Couchés à l’Abri du 29 au 30 avril 1909, onze équipages de Douarnenez faisant la pêche au maquereau (...) La maison-abri est restée ouverte jusqu’à une heure du matin pour recevoir ces équipages qui venaient au fur et à mesure à terre, mouillés, trempés par la tempête. On leur a chauffé de la tisane d’eucalyptus ». « Vendredi 5 novembre 1909. Plusieurs marins de Douarnenez félicitent l’Abri pour le soin que l’on a pour eux le matin car, en se levant de leurs lits de camp, ils trouvent une tasse chaude d’eucalyptus. Plusieurs parmi eux n’ont plus aucun sou pour faire la soupe à leur bord ». En1915, Audierne accueille un détachement du 118e Régiment d’Infanterie de Quimper et l’Abri est réquisitionné par les autorités militaires. Il n’est rendu à l’oeuvre qu’en septembre 1917. Dans les années 1920, l’établissement connaît un regain de fréquentation. Plusieurs dizaines de jeunes y préparent l’examen du certificat de capacité à la navigation sous la conduite d’instructeurs qualifiés. Le déclin. En 1931, la nomination de Joseph Priol comme nouveau
gardien peut sembler une preuve de dynamisme mais, en fait, le déclin
est déjà amorcé. Les pêcheurs audiernais
ne sont plus aussi nombreux qu’autrefois. Mais surtout, ils votent
majoritairement à gauche et ne veulent prendre aucune part de
responsabilité dans le fonctionnement d’une oeuvre qui
affirme de plus en plus son identité catholique. N’ayant
trouvé aucun successeur à Joseph Quillivic, Jacques de
Thézac préfère alors s’intéresser
au sort des marins de Plouhinec. L’abri de Poulgoazec est inauguré
le 19 novembre 1933 en présence de Mgr Cogneau, évêque
auxiliaire de Quimper.
L’ABRI DU MARIN de Daniel GUEZINGARD
Le grand barde Emile Cueff a chanté là aussi. Et puis, comme me disait Berthélé, la vie du marin audiernais a tourné cette grande page-là aussi. Daniel GUEZINGARD |
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